Évaluation in vitro des facteurs immuns de l’hôte sur l’efficacité des candidats antipaludiques contre Plasmodium falciparum (3D7) : cas de la cabamiquine et de la pyronaridine
Résumé
Introduction
Le paludisme demeure une maladie parasitaire majeure à l’échelle mondiale, dont le contrôle
est de plus en plus compromis par l’émergence et la diffusion de résistances aux antipaludiques.
Malgré les progrès réalisés, l’évaluation de l’efficacité des nouveaux candidats thérapeutiques
repose encore largement sur des critères classiques pouvant conduire à une surestimation de
leur activité ou à une détection tardive de résistances émergentes. Dans ce contexte, une
meilleure intégration des approches expérimentales et analytiques est nécessaire afin
d’améliorer la prédictivité des évaluations précliniques et cliniques.
Méthodologie
Les parasites ont été cultivés dans des conditions standardisées (37°C, atmosphère contrôlée),
puis synchronisés au stade anneau (parasitémie à 0,5%). Des érythrocytes humains, des PBMCs
(cellules mononucléées du sang périphérique) et des sera (naïfs et non naïfs) ont été utilisés.
Des tests de coculture ont été réalisés dans des plaques 96 puits en combinant : des parasites de
P. falciparum (3D7), des PBMCs, du sérum humain, et les médicaments (cabamiquine et
pyronaridine, seuls ou en combinaison). La cytométrie en flux (SYBR Green / Mitotracker)
pour la quantification des parasites viables a été utilisée et les données ont été analysées par
modélisation pharmacodynamique (NONMEM)
Résultats
Les résultats de cette étude mettent en évidence clairement les effets immunitaires des effets
des médicaments pour une évaluation rigoureuse des interactions immunité-médicament. Les
sera naïfs n’ont aucun effet sur la croissance parasitaire, les sera non naïfs (exposés au
paludisme) inhibent la croissance parasitaire et cet effet est dose-dépendant.
Les PBMCs seules (activées ou non) n’inhibent pas la croissance parasitaire cependant une
phagocytose des hématies infectées et une accumulation de dépôts d’hémozoine est observée
montrant une activité immunitaire mais insuffisante seule.
L’association PBMCs+sérum améliore fortement l’effet antiparasitaire même à des
concentrations sous-optimales de sérum, un effet apparaît en présence de PBMCs impliquant
une synergie entre immunité humorale et cellulaire.
La combinaison cabamiquine + pyronaridine montre une interaction synergique même des
concentrations très faibles. En présence de sérum non naïf une forte diminution de l’EC50 de
la cabamiquine (~88 %) est observée et cet effet est encore plus amplifié lorsque les PBMCs
sont associées démontrant que l’immunité joue un rôle important dans l’efficacité des
antipaludiques
Conclusion
Nos résultats démontrent que l’efficacité antiparasitaire du médicament ne peut être interprétée
uniquement qu’à travers l’exposition pharmacologique et la sensibilité intrinsèque du parasite,
mais qu’elle dépend fortement du contexte immunitaire de l’hôte.

